Cadmos

revue culturelle et scientifique



Association officiellement déclarée le 30 janvier 2002.

Elle a pour but
le développement des savoirs et
la valorisation de l'héritage culturel issu des traditions oubliées.

La revue Cadmos a été co-fondée par Gérard Nissim Amzallag et Philippe Grosos.

 

Cadmos est né. Ou plutôt il renaît.

Dans l'Antiquité, Cadmos, plus et mieux que le nom d'un héros, devint le nom d'un peuple qui, en s'installant dans les plaines de Béotie, se fondit progressivement dans le creuset de la culture grecque. Pour beaucoup, il ne s'agit là que d'un fait divers comme l'Histoire en connaît tant. Ainsi peut-on toujours honorer la mémoire des Cadméens en rappelant qu'ils introduisirent en Grèce l'écriture ou encore le travail des métaux. Toutefois, s'il s'agit là d'éléments civilisateurs importants, tous s'intègrent parfaitement dans la perspective d'une dynamique universelle de brassages de population, phénomène considéré comme le moteur des échanges culturels depuis l'aube de l'Humanité. Dans un tel contexte, le développement des civilisations dont l'Histoire retrace l'évolution ne serait que le fruit combiné d'une imitation d'un savoir importé et de son perfectionnement.
La mythologie, elle, nous dit autre chose. Écoutons-là. Entre Cadmos et les Grecs, il y va avant tout d'une, et peut-être de deux histoires d'amour : d'un amour interdit entre Zeus et Io, la divinité cadméenne ancestrale, mais également de l'union secrète entre Zeus et Sémélé, la propre fille de Cadmos. Dans les deux cas, il est question d'une union illégitime, aussi conséquente que sévèrement condamnée et même punie par Héra, la compagne de Zeus. Et dans les deux cas, les amours portèrent leur fruit. Io enfanta un fils, Epaphos. C'est probablement à cause de son pouvoir subversif que ce fils fut caché et séquestré par Héra. Epaphos finit toutefois par lui échapper. Il s'enfuit pour devenir, sous d'autres cieux, une divinité fort aimée. Le fils de Sémélé, Dionysos, connut un tout autre destin. C'est lui qui métamorphosera le visage de la Grèce, confirmant ainsi la crainte d'un panthéon désireux de maintenir en place les valeurs culturelles locales.
Cadmos est donc tout autre chose que l'histoire d'un vase communicant entre ceux qui apportent un savoir et ceux qui le reçoivent, fussent-ce pour le perfectionner. Avec lui, c'est la dimension créative, et non plus simplement imitative, de l'humanité qui est en jeu. C'est l'histoire d'un miracle, comme peut l'être un enfant né d'une histoire d'amour.
Et c'est justement cette histoire d'amour entre cultures que nous entendons faire revivre ici. Pour laisser Cadmos renaître, il faut avant tout renoncer à la fixité absolue d'un repère culturel comme à la fière assurance qui l'accompagne. Il faut donc autant remettre en question un docte savoir jaloux de son exclusivité, que résister à la tentation de se spécialiser dans sa dénonciation et sa critique systématique. En effet, d'un côté comme de l'autre, il ne se dégage qu'une autosatisfaction dont aucune histoire d'amour ne peut naître.
Il y a presque 3000 ans, Cadmos représentait déjà le substrat d'une féconde rencontre entre la culture grecque, c'est-à-dire européenne, et la culture cadméenne, c'est-à-dire hébraïque. Ce sont ses lointains filleuls qui, après s'être maintes fois entrecroisés, se rencontrent aujourd'hui dans cette revue. Mais l'ambition de Cadmos ne se limite pas à faire revivre un tel échange. Ce sont les idées les plus diverses que nous comptons ici accueillir. Du moins celles qui, en n'ayant pas la prétention de clore le dialogue, se montreront potentiellement fécondes.
Ce que Cadmos nous enseigne, c'est qu'une culture, curieuse de ce qu'elle n'est pas, est une création en perpétuelle métamorphose, et qu'elle ne saurait se limiter à la somme des influences étrangères, fussent-elles localement perfectionnées. Et pourtant ! Comme cette idée est loin, aujourd'hui encore, d'être par tous reconnue !
C'est pourquoi Cadmos est aujourd'hui devenu une revue. Conçue par rubrique, celle-ci entend laisser place à la diversité thématique des approches. Ainsi y trouvera-t-on régulièrement des propos d'historiens, d'hommes curieux de la chose politique, de scientifiques, de philosophes, de littéraires, mais également des témoignages d'artistes.
Notre premier numéro nous rapportera à la chose même : l'histoire. Ainsi, les études ci-dessous présentées témoignent de la diversité culturelle et thématique des approches qui nous est chère. Or si l'histoire peut être en question, c'est que, loin d'une quelconque neutralité objective ou "scientifique", la façon dont nous l'écrivons témoignent de la conception que nous en avons, comme de ce que nous voulons transmettre. Chacun des auteurs que nous publions ici s'est confronté, à chaque fois singulièrement, à cette difficulté. De l'étude consacrée à l'histoire des "Phéniciens", à celle interrogeant la formation de la biologie ou à celle questionnant une prétendue histoire de l'art, pour n'en mentionner que quelques-unes, toutes renvoient l'histoire à elle-même, comme question. Qu'engage-t-elle de nous-même ? Comment l'écrivons-nous ? Quelle importance lui conférer ? Et c'est encore et toujours ces mêmes questions qui inquiètent la narration des poètes ici publiés.

Lecteur qui tient en main cette revue : prends patience et réjouis-toi avec elle !